Surdoués, précoces : lumière sur les enfants à Haut Potentiel

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Depuis quelques années, la problématique des enfants à Haut Potentiel (HP) – enfants intellectuellement précoces -, est de plus en plus reconnue. Elle concernerait 3% de la population en France.

 

Pour mieux comprendre le fonctionnement cérébral de ces enfants, une Étude par IRM

(Imagerie par Résonance Magnétique) sur l'anatomie, le fonctionnement et les connexions du cerveau a été menée par une équipe de recherche du CERMEP-Imagerie du Vivant *, du

CHU de Lyon et de l'Université Lyon 2, grâce au soutien de la Fondation APICIL.

 

Les chercheurs, spécialistes français de l'enfant HP, sont Fanny Nusbaum, Dominic Sappey-

Marinier et Olivier Revol. Ils font également partie de la commission du Rectorat de l’académie de

Lyon chargée de la prise en charge des enfants HP à l’école.

 

- Le Haut Potentiel et ses représentations :

 

Le Haut Potentiel (HP) revêt chez l’enfant différentes représentations à travers le temps.

Du petit savant à l’enfant instable, leur entourage se voit souvent démuni pour les comprendre, les nourrir intellectuellement selon leurs besoins et les aider à s’intégrer, tout en assumant leur différence. Le Haut Potentiel est souvent associé à d’autres troubles, comme la dyslexie ou le Trouble du Déficit de l'Attention avec ou sans Hyperactivité (TDA/H).

Pour mieux cerner cette problématique, les chercheurs ont utilisé une technique non-invasive, l'Imagerie par Résonance Magnétique fonctionnelle (IRMf) **et par Tenseurs de Diffusion. Cette technique permet de détecter les activités cérébrales mises en jeu par différentes fonctions cognitives, qu'elles soient stimulées ou non. Elle révèle également les connexions existant entre les aires cérébrales selon des réseaux différents en fonction du type de HP. Cette approche permet ainsi d'identifier les réseaux les plus " ou les mieux " utilisés par les différents groupes d'enfants HP et ainsi de mieux comprendre leur fonctionnement propre.

En effet, au-delà de la compréhension du phénomène général, il est fondamental pour cette équipe de recherche d’affiner le profil cognitif des enfants HP.

 

- Observer le cerveau d'enfants à Haut Potentiel pour la première fois :

 

Cette Étude par IRM sur les connexions du cerveau des enfants HP confirme l'existence des deux profils d'enfants HP proposés par Fanny Nusbaum : un profil laminaire sans difficulté scolaire, et un profil complexe.

- Le profil HP - Laminaire (HP-L) correspond à une distribution plutôt homogène des capacités cognitives de l’enfant, avec un comportement adapté à l’environnement.

- Le profil HP - Complexe (HP-C) correspond à une hétérogénéité des capacités cognitives que l’on nomme « dyssynchronie cognitive » et souvent, à un décalage entre la sphère intellectuelle très mature sur certains points et la sphère émotionnelle et relationnelle plus fragile.

 

Aucune Étude n’avait, à ce jour, tenté de caractériser sur un plan cérébral, les différences entre les deux profils principaux de haut potentiel, " Laminaire " et " Complexe ", tels que décrits par Fanny

Nusbaum (http://centre-psyrene.fr/les-deux-formes-d’expression-du-haut-potentiel-intellectuelchez-l’enfant/). Cette équipe de recherche a mis en oeuvre au CERMEP-Imagerie du Vivant une

Étude par IRM fonctionnelle chez 80 enfants âgés de 8 à 12 ans, ayant tous passé préalablement le WISC-IV (Test du QI).

 

- De nouvelles informations sur le cerveau des enfants HP :

 

Les premiers résultats de cette Étude permettent de mettre en évidence une nette différence, dans les performances cognitives, l’activité et la connectivité cérébrale, entre les deux populations d’enfants HP.

Ces résultats d’imagerie cérébrale, corrélés avec les tests comportementaux, confirment ainsi l’existence des deux profils distincts d’enfants HP. Ils permettront de proposer à ces enfants une prise en charge différenciée, tant sur le plan éducatif que pédagogique, psychologique, neuropsychologique ou médicamenteux.

Suite à cette première étape, l’analyse des cartographies cérébrales obtenues chez les enfants à haut potentiel sera comparée à celles des enfants souffrant de TDA/H afin de proposer un nouvel outil d’aide au diagnostic différentiel.

 

En effet, on observe souvent un lien significatif entre les enfants TDA/H et certains enfants à haut potentiel qui se traduit par plusieurs comorbidités **** comme une vulnérabilité attentionnelle, des troubles psychomoteurs et/ou émotionnels et une attitude relationnelle en décalage important avec certaines de leurs aptitudes cognitives.

 

Concernant les enfants à Haut Potentiel, l'Étude clinique montre que cette question concerne plutôt les enfants HP - Complexes qui présentent ce décalage et sont particulièrement touchés par cette difficulté de diagnostic différentiel avec le TDA/H.

 

- Améliorer l'apprentissage par la neuroéducation :

 

Pour Dominic Sappey-Marinier, " Cette étude permet de mieux comprendre le fonctionnement cérébral des enfants HP et de l’intégrer aux techniques pédagogiques des enseignants ".

Comme les muscles d'un sportif, le cerveau des enfants est extrêmement "plastique" et se développe selon les stimulations de son environnement. Par des techniques adaptées au fonctionnement cérébral et à celui des enfants HP complexes ou laminaires, on peut améliorer l'apprentissage scolaire. C’est le principe de la " neuroéducation " (utiliser les connaissances des neurosciences pour faciliter l’apprentissage, et concevoir des méthodes pédagogiques mieux adaptées au fonctionnement cognitif des enfants).

 

- Les investigateurs de l’Etude Clinique :

 

Fanny Nusbaum, psychologue, dirigeante du Centre PSYRENE *** à Lyon, chercheur associé en psychologie et neurosciences à l’Université Lyon II, Laboratoire SIS.

- Dominic Sappey-Marinier, biophysicien, chef du département IRM au CERMEP-Imagerie du

Vivant à Lyon, Co-responsable de l’équipe « Imagerie Cérébrale », Laboratoire CREATIS à Lyon, enseignant-chercheur à l’Université Claude Bernard-Lyon I ;

- Olivier Revol, pédopsychiatre, chef du service de neuropsychiatrie de l’enfant à l’hôpital neurologique du CHU de Lyon.

- Pierre Fourneret, pédopsychiatre, chef de service de psychopathologie du développement, Hôpital Femme Mère Enfant du CHU de Lyon. Co-responsable de l’équipe « Apprentissages & Communication » du laboratoire L2C2 du Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon,

 

Lexique :

 

* Le CERMEP-Imagerie du Vivant est le Centre d'Etudes et de Recherche Multimodales Et

Pluridisciplinaires en Imagerie du Vivant. C'est la plateforme de recherche en imagerie biomédicale de Lyon.

** L'IRM fonctionnelle (IRMf), est une technique d'imagerie par résonance magnétique qui permet de détecter les zones du cerveau activées dans une tâche, un processus ou une émotion, ou tout simplement au repos.

*** La Comorbidité : désigne les maladies qui en accompagnent souvent une autre.

**** Centre PSYRENE : Psychologie, Recherche et Neurosciences. Le Centre PSYRENE regroupe une équipe de psychologues, neuropsychologues, hypnothérapeutes et méthodologistes pour prendre en charge l'évaluation (notamment le test du QI) et le développement des potentiels

(Suivis psychologiques, hypnothérapie, remédiation cognitive, neuro-feedback, psycho-pédagogie).

Il collabore avec le Rectorat de l’Académie de Lyon pour que le haut potentiel soit pleinement pris en compte.